Le 30 mai dernier, le comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies a publié un rapport dénonçant l’interdiction totale de l’avortement au Salvador et les violations aux Droits de l’Homme que celle-ci engendre. Le Salvador est l’un des cinq pays d’Amérique Latine, avec le Nicaragua, le Honduras, la République Dominicaine et le Chili, interdisant sans exception l’interruption volontaire de grossesse, même si la vie de la femme est en danger. Il figure au rang des pays les plus restrictifs du monde. Les femmes sont sévèrement poursuivies et risquent jusqu’à 30 ans d’emprisonnement pour avoir mis un terme à leur grossesse.

Pourtant, le Salvador n’a pas toujours connu de législation si restrictive. De 1973 à 1998, l’avortement y était autorisé en cas de danger pour la vie de la femme, viol ou malformation du fœtus. La montée au pouvoir des conservateurs au cours des années 1990 entraîna un recul important en matière d’accès à l’avortement, d’abord en 1998 avec le durcissement du code pénal et la suppression des exceptions, et en 1999 avec l’inscription dans la Constitution du droit à la vie dès la conception.

Plusieurs cas ont récemment permis de mettre en lumière la situation particulièrement préoccupante au Salvador, notamment le cas de Beatriz, dont le fœtus présentait de sérieuses malformations, mettant gravement en danger la vie de la jeune femme.  Celle-ci n’avait pas pu mettre fin à cette grossesse du fait de l’interdiction, et était décédée en raison des complications.

 Le rapport du comité arrive donc à point nommé dans un pays marqué par de nombreuses mobilisations d’associations des Droits humains plaidant pour la dépénalisation de l’avortement. Dans ce rapport, le comité exprime de « vives inquiétudes » concernant l’interdiction totale de l’interruption volontaire de grossesse, et considère que la situation de l’avortement au Salvador est l’une des problématiques majeures du pays. Les experts soulignent que cette législation extrêmement restrictive impacte en premier lieu les femmes, et en particulier les jeunes femmes, pauvres. Entre 2000 et 2011, environ 129 femmes auraient été jugées pour avoir eu recours à un avortement, la grande majorité d’entre elles étaient des jeunes femmes âgées entre 18 et 25 ans, des lycéennes ou des femmes célibataires. Le Comité dénonce également les structures de santé, plus soucieuses de dénoncer les femmes suspectées d’avoir eu recours à un avortement qu’apporter des soins aux femmes. 50% des personnes dénonçant les recours à l’avortement seraient d’ailleurs des membres du personnel soignant.

Les conclusions du comité sont sans appel. Le Salvador doit faire évoluer sa législation pour pouvoir être compatible avec les droits fondamentaux que sont le droit à la santé, le droit à la vie et le droit à la dignité des femmes. Le comité appelle le gouvernement à améliorer la qualité des soins post-avortement au lieu de prioriser les poursuites pénales.

Regardez la vidéo de Center for Reproductive Rights sur la situation de l’avortement au Salvador: