Dix-huit associations et organisations sénégalaises pour la promotion des droits de la personne se sont réunies en « Task Force » pour demander au gouvernement de respecter et appliquer le protocole de Maputo, signé et ratifié par le Sénégal en 2005. L’article 14 de ce protocole stipule que les Etat doivent « protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus ». La Task Force a lancé une pétition en ligne, visant à interpeller le gouvernement, pour faire infléchir la loi sénégalaise et permettre l’accès à l’avortement médicalisé aux femmes et aux jeunes filles en détresse, « nous souhaitons mettre fin à l’avortement clandestin, aux nouveau-nés abandonnés, à l’infanticide et au calvaire des femmes et des jeunes filles, victimes de viol, d’inceste, … portant une grossesse non désirée et néanmoins risquant la prison ou le cimetière ».

En 2012, des députés avaient déjà tenté de dépénaliser l’avortement en soumettant à l’Assemblée nationale un projet de loi. Celui-ci a rencontré la vive opposition de la plupart des politiques sénégalais, symbolisant le tabou que représente encore la question de l’interruption volontaire de grossesse dans le pays.

Le Sénégal fait partie des pays les plus restrictifs en matière d’accès à l’avortement. L’interruption volontaire de grossesse est interdite et pénalement sanctionnée,  sauf si le pronostic vital de la femme est engagé, et ce, après certification de la part de trois médecins. En vertu du Code pénal, les femmes ayant recours à l’avortement encourent jusqu’à  2 ans de prison et une lourde amende. Les chiffres officiels montrent qu’au cours des six premiers mois de l’année 2013, un quarantaine de femmes avaient été placées en détention provisoire pour avoir pratiqué une interruption volontaire de grossesse.

Récemment une nouvelle affaire de viol sur mineur a relancé la mobilisation autour de l’accès à l’avortement médicalisé aux femmes et aux jeunes filles en détresse. Une jeune fillette de 10 ans est tombée enceinte de jumeaux à la suite d’une agression sexuelle perpétrée par l’un de ses voisins dans la ville de Ziguinchor au Sénégal. Malgré la mobilisation de nombreuses associations, les autorités ont débouté la demande de la jeune victime de pouvoir mettre fin à cette grossesse. Cette affaire n’est malheureusement pas un cas isolé au Sénégal. Selon le Centre de guidance infantile familiale, 420 cas d’abus sexuel sur mineur ont été recensés en seulement deux ans, un tiers d’entre eux ont entrainé une grossesse, 15% d’entre elles des complications liées au jeune âge de la mère.

Alors que les grossesses non-désirées et non planifiées sont l’une des principales cause de mortalité maternelle, en particulier chez les jeunes femmes, le Sénégal refuse toujours de faire évoluer la loi.

Signez la pétition!